Interviews croisées

Les métiers d’art en première ligne

Le 10/01/2020
par CMA Nouvelle-Aquitaine
La filière « cuir, luxe, textile et métiers d’art » fait l’objet de toutes les attentions depuis 2017 au niveau régional. Le point avec les instigateurs de la nouvelle feuille de route...
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Métier d'art

Bernard Uthurry, vice-président du conseil régional de Nouvelle-Aquitaine

« Une filière emblématique de notre région »

La région se fixe une feuille de route dédiée à la filière « cuir, luxe, textile et métiers d’art », comment est née cette volonté ? Cette filière est emblématique de notre région, elle est inscrite depuis le départ comme prioritaire dans le Schéma régional de développement économique d’innovation et d’internationalisation. Elle concerne tous les territoires, y compris les territoires ruraux. Nous avons entendu le signal émis par les territoires éloignés comme la Haute-Vienne, la Charente ou la Dordogne, en proie à des difficultés de recrutement et de maintien de l’activité. Nous avons fait du lycée de Thiviers la base technologique nécessaire à ces métiers et nous avons décidé de consulter l’ensemble des acteurs de la filière.

Comment s’est déroulée cette consultation ? Nous avons réuni en avril 2019, dans le cadre de la deuxième édition des Rendez-vous des savoir-faire d’excellence en Nouvelle-Aquitaine, à la Rochefoucauld, 180 personnes pour échanger sur leurs préoccupations. Après les discussions et le travail en atelier, et pour donner la possibilité à tous de participer, le résultat des travaux a été déposé sur une plateforme en ligne qui a permis de recueillir de nouvelles propositions.

Quels sont les grands axes de la feuille de route ? Après une concertation de six mois, un plan d’actions en quatre axes est proposé pour 2020-2022 : développer les projets d’entreprises, créer et maintenir des emplois et compétences sur tous les territoires, reconnaître et rendre attractifs les savoir-faire d’excellence, favoriser le rayonnement et l’accès au marché des entreprises. Ces métiers attisent la curiosité des touristes car les consommateurs recherchent des produits à la fabrication traditionnelle, locale, respectueuse de l’environnement. Nous souhaitons donc rendre plus lisible ces pépites et leur savoir-faire au grand public. Ce dispositif entre dans le cadre d’une autre feuille de route, Néo terra, dédiée à la transition énergétique et écologique.

Jean-Pierre Gros, président de la CRMA de Nouvelle-Aquitaine

« Intégrer toutes les spécificités »

Partagez-vous la vision de la région qui hisse la filière des métiers d’art au rang de filière prioritaire ? Nous partageons la politique de cette feuille de route, qui représente davantage une construction nouvelle de cette vision qu’une innovation politique, puisque dans certains départements l’accompagnement des métiers d’art était déjà ancré dans les territoires. Aujourd’hui, il s’agit d’étendre cette politique à l’ensemble de la région Nouvelle-Aquitaine et nous en sommes satisfaits, car la promotion des métiers d’art est importante pour la région, pour son économie et son tourisme notamment.

Relevez-vous des carences ou des limites à cette feuille de route ? Non, car elle englobe à la fois les TPE, les artisans et artistes au savoir-faire rare, et les très grands groupes du luxe comme Hermès et LVMH. Cet aspect hétérogène est caractéristique de la filière qui se nourrit de ces différences. Nous avons travaillé avec Martine Pinville, ancienne secrétaire d’État à l’artisanat, et nous avons le sentiment d’avoir été écoutés. Nous avons par exemple échappé au recours à une agence de développement qui aurait concentré ses efforts dans l’accompagnement des grandes entreprises. Au contraire, cette feuille de route intègre toutes les spécificités de la filière.

Quel est l’engagement du réseau des CMA ? Le réseau propose un accompagnement spécifique avec des agents identifiés sur la totalité du territoire. Ce travail de longue haleine a d’ailleurs représenté une première difficulté, car si certains départements – comme ceux issus du Poitou-Charentes – étaient déjà pourvus, d’autres pas. Il a donc fallu identifier des référents et des relais dans chaque département. Le réseau des CMA est au cœur du dispositif, y compris dans un travail collaboratif avec les CCI, qui pilotent également cette feuille de route au niveau des EPV.

www.artisanat-nouvelle-aquitaine.fr

Participation à des Salons, aide à la création et au développement de l’entreprise, le soutien apporté aux entreprises du secteur est complet.  3 artisans d’art témoignent des aides reçues...

Philippe Carrouché, président de la SAS Le Soulor

« Le Salon MIF nous permet de prospecter une clientèle parisienne et de trouver un écho dans la presse »

Avec une boutique à Pau et un atelier de fabrication à Pontacq, Le Soulor, entreprise de fabrication de chaussures béarnaises, reprise en 2016 par Philippe Carrouché et Stéphane Bajenoff, connaît une seconde vie. Aujourd’hui elle emploie huit salariés et réalise un chiffre d’affaires de 400 000 €. Pour faire connaître son savoir-faire, Le Soulor participe au Salon du Made in France (MIF Expo). « Nous avons mis toutes nos ressources dans l’emploi et la formation, nous n’avons pas les moyens de financer une agence de communication, c’est pourquoi nous participons au MIF, car le Salon nous permet de prospecter une clientèle parisienne et de trouver un écho dans la presse », explique Philippe Carrouché. Sur le site, l’équipe procède à des démonstrations de fabrication de chaussures à la main... Et ça marche ! « Nous avons vendu plusieurs dizaines de paires », confie le dirigeant qui se félicite de bénéficier de l’aide de la Région Nouvelle-Aquitaine pour la mise en œuvre d’un stand commun et de l’accompagne- ment de Nathalie Bertry (référente métiers d’art du réseau des CMA sur le département de la Haute-Vienne), qui a permis de mutualiser les coûts et d’avoir une belle vitrine des savoir-faire en Nouvelle-Aquitaine sur ce Salon.

Laurine Malengreau, présidente d’Oolmoo

Avec ses textiles muraux décoratifs en soie et laine, pour la fabrication desquels elle a décidé d’utiliser la technique du « nuno silk », en l’adaptant aux grands formats, Laurine Malengreau cible le marché du luxe, à l’international ! Autant dire qu’après trois ans et demi de travail sur la technique – l’atelier d'Oolmoo est hébergé par la pépinière d’entreprises de la Cité internationale de la tapisserie à Aubusson (23) – il a fallu de la pugnacité pour convaincre et obtenir les prêts bancaires nécessaires au lancement de son activité. Initiative Creuse, France Active, Adie, le Réseau Limousin des entreprises du luxe, Lainamac, la CMA et la Région, son entourage personnel, Laurine Malengreau n’a manqué d’aucun soutien. « Des rendez-vous avec Érick Pascal, référent innovation à la CMA de la Creuse, pour monter et valider le business plan à une formation pour apprendre à créer des vidéos et à les diffuser sur les réseaux sociaux, l’aide de la CMA a été concrète. La Région m’a soutenue dès le départ en finançant un stage de trois mois à la création d’entreprise, puis en me permettant de participer à des Salons, j’ai pu assister à une conférence à Paris pour bien comprendre le marché du luxe, et enfin en venant visiter mon atelier pour me conseiller », indique-t-elle. Grâce aux Salons, la jeune dirigeante a pu nouer des contacts commerciaux avec des particuliers qui passent commande sans attendre, alors que le marché des entreprises se caractérise par des cycles de vente plus lents.

Christian-Thierry Drevelle, dirigeant des Ateliers Drevelle

Créés en 1979, Les Ateliers Drevelle – ébénisterie spécialisée dans le secteur du vin, des spiritueux, du cigare et du mobilier contemporain – ont décroché le label Entreprise du patrimoine vivant (EPV) en 2009. Un passeport pour l’international ! Ou tout au moins « un élément rassurant pour nos clients au Japon, en Chine et à Hong Kong. Le patrimoine vivant séduit nos clients internationaux – des collectionneurs notamment – qui sont sensibles aux produits issus d’un pays d’art et d’histoire », explique Christian-Thierry Drevelle. Et pour vendre sur un marché de niche, qu’il approche via les grandes maisons de Cognac, il n’hésite pas à voyager pour rencontrer ses clients dans leur pays. Pour cet artisan en revanche, l’acronyme EPV n’est pas toujours bien compris et devrait être moins utilisé. À Cognac, ville touristique, il œuvre avec d’autres dirigeants d’entreprises du patrimoine vivant à la création d’un espace dédié. À suivre... Les Ateliers Drevelle participent à la dynamique de développement de la filière métiers d’art, soutenue par la Région Nouvelle-Aquitaine et grâce à la mobilisation de Pascal Nalbantie, référent métiers d’art sur le département de la Charente.

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